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Quand les Lions et les Lionnes font aimer le Cameroun au monde entier

Il y a des moments où un pays tout entier retient son souffle, puis explose de joie. Le 16 août 2026, à Rabat, ce moment a un nom : les Lionnes Indomptables. Après trois finales perdues en 2004, 2014 et 2016, le Cameroun a enfin soulevé son premier trophée continental féminin, en dominant le Malawi (3-0), après avoir sorti le Nigeria, tenant du titre, puis le Maroc, pays hôte, aux tirs au but. Une histoire de résilience, de larmes et de fierté qui, une fois de plus, rappelle une évidence : au Cameroun, le football ne se contente pas de faire vibrer les foules, il fait aimer le pays.

CAN féminine 2026 : le Cameroun remporte son premier trophée - BBC News  Afrique

Un stade, des millions de regards

On sous-estime souvent la force de frappe d’un simple match de football. Quand une équipe camerounaise entre sur le terrain, ce ne sont pas seulement des supporters qui regardent : ce sont des commentateurs, des journalistes, des touristes potentiels et de simples curieux du monde entier qui, le temps d’une rencontre, tournent leurs yeux vers Yaoundé, Douala ou, cette fois, Rabat. Le Cameroun l’a déjà vécu à grande échelle en accueillant la CAN masculine 2021-2022 sur ses propres terres, un événement qui a coûté environ 1 200 milliards de francs CFA en infrastructures et organisation, selon les chiffres rapportés à l’époque. Un investissement colossal, mais dont l’objectif dépassait largement le seul terrain : donner à voir un Cameroun accueillant, vivant, chaleureux. Et cette mécanique fonctionne. On l’observe très concrètement chez nos voisins : lors de la CAN 2025 organisée au Maroc, certains hôtels de Casablanca ont vu leur taux d’occupation grimper de 35 % en plein mois de janvier, une période pourtant habituellement calme pour le secteur. Des supporters venus suivre leur équipe ont fini par prolonger leur séjour de match en match, profitant de l’occasion pour visiter Marrakech, Fès ou Rabat. C’est exactement ce potentiel que chaque grande compétition camerounaise porte en elle.

Milla, Eto’o : des ambassadeurs qui n’ont jamais demandé à l’être

S’il y a un nom qui a fait connaître le Cameroun bien avant l’ère des réseaux sociaux, c’est celui de Roger Milla. Ses déhanchés au poteau de corner lors de la Coupe du monde 1990 ont fait le tour de la planète et sont restés, pour toute une génération, la première image associée au pays. Personne n’avait scénarisé ce moment pour vendre une destination touristique. Milla voulait juste célébrer un but. Et pourtant, ce simple geste de joie a fait davantage pour la notoriété du Cameroun que bien des campagnes de communication.
🇨🇲 When Legends Meet, Roger Milla visited Samuel Eto'o today at the  Fecafoot. They are two of the best football players from Cameroon and have  been good friends for a long time.
Samuel Eto’o a pris le relais, à sa manière. Ballon d’or africain à répétition, triple vainqueur de la Ligue des champions, star du FC Barcelone, de l’Inter Milan puis de Chelsea, il a porté le nom du Cameroun sur toutes les pelouses d’Europe pendant près de deux décennies. Aujourd’hui président de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT), il continue, presque malgré lui, d’occuper l’espace médiatique international à chaque déclaration, chaque polémique, chaque décision. Que ce soit voulu ou non, chaque ligne écrite sur lui reste une ligne écrite sur le Cameroun.
« On ne se méfie jamais d’un ambassadeur qui ne cherche pas à vendre quoi que ce soit. »
C’est là toute la beauté de cette histoire : ni Milla, ni Eto’o, ni les autres Lions Indomptables n’ont un jour dit « je vais faire la promotion touristique de mon pays ». Ils ont simplement joué, gagné, perdu, célébré. Et c’est précisément cette authenticité qui rend leur influence si puissante.

Les Lionnes, une nouvelle génération d’inspiration

Le sacre des Lionnes Indomptables ajoute une page neuve à ce récit. Portées par les buts de Marie Ngah, autrice d’un doublé en finale, par la reprise de volée spectaculaire de Naomie Eto, et par les arrêts décisifs de Michaely Bihina, élue meilleure gardienne du tournoi, elles ont réussi l’exploit d’éliminer le Nigeria, dix fois championne d’Afrique, avant de faire chuter le Maroc à domicile. Un parcours d’autant plus émouvant que le Cameroun n’était même pas qualifié à l’origine : les Lionnes doivent leur place au repêchage consécutif à l’élargissement du tournoi de 12 à 16 équipes. Ce genre d’histoire, faite de doute et de rédemption, capte l’attention bien au-delà des frontières du sport. Elle humanise le pays, lui donne un visage, une émotion, une raison de s’y intéresser.

Ce que le tourisme camerounais a encore à gagner

Le potentiel est réel, mais il reste largement sous-exploité. Le Cameroun, souvent surnommé « l’Afrique en miniature » pour la diversité de ses paysages, a accueilli environ 912 000 touristes internationaux en 2014, un chiffre resté relativement stable depuis. En 2023, les recettes touristiques s’élevaient à près de 474,6 millions d’euros, avec une dépense moyenne d’environ 571 euros par visiteur. Le secteur employait, en 2022, près de 150 000 personnes, soit environ 3 % de la population active, entre hôtellerie, restauration, transport et agences de voyages. Ces chiffres montrent un secteur qui progresse, mais qui reste très en deçà de son potentiel réel face à des voisins comme le Maroc, aujourd’hui première destination touristique du continent. C’est précisément là que le football peut faire la différence : chaque exploit sportif, chaque image de célébration virale, chaque interview de star camerounaise à l’international constitue une exposition gratuite que ni ce budget ni ces effectifs ne pourraient acheter seuls.

Transformer l’émotion en visite

Pour que cette ferveur devienne un vrai moteur touristique, il manque encore des relais concrets :
  • Circuits combinant football et découverte du pays ;
  • Rencontres organisées avec des figures du ballon rond ;
  • Mise en valeur des stades mythiques (Olembe, Japoma, Stade Ahmadou Ahidjo) ;
  • Communication qui prolonge l’écho des victoires bien après le coup de sifflet final.

Une chose est sûre : quand les Lions rugissent et que les Lionnes rugissent à leur tour, c’est tout un pays qui se raconte au monde. À nous, maintenant, de transformer cette fierté partagée en une invitation à venir la vivre sur place.

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